Kirinyaga

de Mike Resnick


Quatrième de couverture:

Kirinyaga, c'est le nom que portait le mont Kenya lorsque c'était encore la montagne sacrée où siégeait Ngai, le dieu des Kikuyus. C'est aussi, en ce début du XXIIe siècle, une des colonies utopiques qui se sont créées sur des planétoïdes terraformés dépendant de l'Administration.
Pour Koriba, son fondateur - un intellectuel d'origine kikuyu, qui ne se reconnaît plus dans un Kenya profondément occidentalisé -, il s'agit d'y faire revivre les traditions ancestrales de son peuple.
Tâche difficile. Que fera Koriba, devenu mundumugu, c'est-à-dire sorcier de Kirinyaga, quand une petite fille surdouée voudra apprendre à lire et à écrire alors que la tradition l'interdit ? Ou lorsque la tribu découvrira la médecine occidentale et cessera de croire en son dieu, et donc en son sorcier ? L'utopie d'une existence selon les valeurs du passé est-elle viable dans un monde en constante évolution ?


Mon avis:

Ce livre est composé de deux ensembles de nouvelles: Kirinyaga puis Kilimanjaro. L'auteur nous explique la genèse de Kirinyaga qui est à l'origine une nouvelle commandée pour un recueil particulier Eutopia dans lequel chaque auteur devait écrire l'histoire d'une utopie, micro système développé sur une planète terraformée. Deux contraintes cependant: chaque habitant devait avoir le droit de quitter cette utopie s'il le désirait et le point de vue devait être celui de quelqu'un de l'intérieur croyant à cette utopie. Au final le recueil n'a pas été publié mais Mike Resnick a connu un vif succès avec sa nouvelle.
Même si ce roman a été publié chapitre après chapitre et est classé comme recueil de nouvelles, on sent bien l'unité du roman.

Dans Kirinyaga, l'utopie est celle créée par Koriba, un kikuyu qui après avoir étudié et vu le changement s'opérer au Kenya veut revenir aux sources de sa tribu. Pour lui les kikuyus, comme son propre fils, ne sont plus que des kenyans parmi d'autres, tous condamnés à devenir de simples européens noirs.
Il veut renouer avec ses racines pour redonner un sens à la vie et aux croyances de son peuple. Dans cette utopie, il est le sorcier, le mundumugu. S'il est de fait condamné à vivre dans l'isolement, il est aussi le garant des croyances de son peuple et le lien avec la Terre… (il peut donner un coup de pouce aux interventions divines!)

Dans chaque nouvelle son utopie est mise à l'épreuve et on ne peut qu'apprécier la justesse du ton de l'auteur. C'est en effet avec beaucoup de talent qu'il amène le lecteur à s'attacher à ce vieil homme et à son noble rêve tout en ayant peur des conséquences de ces choix. En voulant rejeter tout apport de la société quel qu'il soit et en voulant respecter à la lettre les coutumes kikuyus, Koriba met lui même en péril son utopie mais ne pas respecter la tradition kukuyu à la lettre est pour lui synonyme d'échec, l'expérience terrestre l'a prouvé!
On ne peut rester insensible. On se questionne sans cesse au fil des pages. Qu'est-ce qui détermine ce que l'on est? Peut-on accepter le changement et rester fidèle à ses valeurs? Quelles sont les limites acceptables pour préserver un équilibre?
Cette utopie africaine est empreinte de noblesse et de poésie, mais très vite on réalise que notre mundumugu frôle le fanatisme. Il est à plusieurs moment poussé dans ses retranchements et remis en question par d'autres personnages, mais il ne peut dévier de sa voie.

J'ai beaucoup apprécié cette découverte et j'étais donc ravie de retrouver une seconde utopie à la suite de cette première. Il s'agit ici de Kilimandjaro, une utopie massaï (cette tribu étant évoquée plusieurs fois dans Kirinyaga). Elle a été étudiée après l'analyse de nombreux échecs d'utopies africaines, notamment Kirinyaga, et notre historien qui se rend sur place, croit en ce projet.
Le point de vue est différent car il s'agit d'avantage de l'équilibre politique d'une civilisation africaine certes majoritairement massaï, les problèmes qui sont soulevés dans chaque nouvelle sont donc d'une autre nature. La tournure que prend cette utopie est néanmoins tout aussi intéressante.

L'auteur laisse place à la poésie et à l'esprit des contes africains, il nous amène au plus près des traditions de ces peuples kenyans. Il dresse également au travers de ces pages le bilan peu glorieux de l'européanisation de l'Afrique au détriment de sin identité et pousse la réflexion du lecteur sur l'équilibre entre identité, traditions et développement.

Une très belle découverte!

Je remercie Célia Giglio et les éditions Denoël pour ce partenariat.
Traduit par Olivier Deparis et Pierre Paul Durastanti  - Sortie: 5 juin 2015 

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