Celles qui attendent

de Fatou Diome


Quatrième de couverture:

Arame et Bougna, mères, respectivement, de Lamine et Issa, deux émigrés clandestins. Elles ne comptaient plus leurs printemps, mais chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui devait tenir la demeure sur les galeries creusées par l'absence. Mais comment dépeindre la peine d'une mère qui attend son enfant, sans jamais être certaine de le revoir ? Coumba et Daba, quant à elles, humaient leurs premières roses : jeunes, belles, elles rêvaient d'un destin autre que celui de leurs aînées du village. Assoiffées d'amour, d'avenir et de modernité, elles s'étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix.
Mariées, respectivement à Issa et Lamine, l'Europe est leur plus grande rivale. Esseulées, elles peuvent rester fidèles à leur chambre vide ou succomber à la tentation. Mais la vie n'attend pas les absents, derrière les émigrés, les amours varient, les secrets de famille affleurent ; les petites et grandes trahisons vont alimenter la chronique sociale du village et déterminer la nature des retrouvailles. Le visage qu'on retrouve n'est pas forcément celui qu'on attendait.


Mon avis:

J'ai décidé de suivre une amie dans le cercle de lecture afro-caribéennes de Bordeaux, choix un peu surprenant peut-être étant donné que je suis à des heures de Bordeaux, mais qui me permettra même à distance de me rapprocher d'une culture et d'auteurs que je ne connais pas ou peu. A l'honneur ce mois-ci la sénégalaise Fatou Diome.

J'ai tout de suite accroché au style de l'auteur. Elle nous plonge dans la vie de son île natale, Niodor au Sud-Ouest du Sénégal, et nous décrit ce quotidien avec un mélange bien dosé d'engagement et de poésie. Elle interpelle souvent le lecteur par ses interjections ou ses réflexions et utilise beaucoup de métaphores. A chaque instant dans les épreuves sans fin que traversent ces femmes on sent le poids de ce qui est transmis et qui ne se discute pas. Avec beaucoup de recul sur les traditions, Fatou Diome porte un regard à la fois respectueux et critique sur sa culture. 

Beaucoup d'histoires ont été contées sur ceux qui partent vers l'horizon en quête d'espoir. Ici elle choisit le point de vue de celles qui restent. Celles qui attendent. Au sein de la vie de deux mères et de deux épouses dont les hommes ont choisi la clandestinité comme voix d'accès au bonheur et à la réussite de toute leur famille, on comprend enfin ce que vivent ces femmes.            "Ceux qui nous oublient nous assassinent."

J'ai aimé sa façon de mettre à l'honneur le combat quotidien de ces femmes :
"Féminisme ou pas, nourrir reste une astreinte imposée aux femmes. Ainsi dans certains endroits du globe, là où les hommes ont renoncé à la chasse et gagnent à peine leur vie, la gamelle des petits est souvent remplie de sacrifices maternels." 
"Comme leurs mères et leurs grand-mère avant elles, elles alimentaient la flamme de la vie et offraient à l'île le spectacle qu'elle avait toujours connu: un combat, où il n'y avait rien d'autre à gagner que le simple fait de rester debout." 
"Il y a tant d'Hercule hors de l'arène. Tous ces gens qui savent qu'ils ne seront jamais honorés pour les prouesses qu'ils accomplissent au quotidien et qui ne réclament rien."

On entrevoit tout de même l'enfer dans lequel atterrissent nos jeunes hommes remplis d'espoir. Ce qu'il vont devoir vivre avant de pouvoir fouler à nouveau leur terre natale. L'auteur se positionne aussi sur la polygamie et le sort de ces femmes soumises au mari, au clan ou à la belle famille.
"La polygamie n'est pas si terrible que ça! C'était la pire insulte jamais faite aux martyres de cette pratique d'un autre âge. Elle, l'Européenne, qui venait saboter le maigre espoir laissé par les âpres luttes féministes. Elle, qui avait le choix, venait en traîtresse dire à celles qui étaient obligées de se soumettre que ce dont elles de plaignaient était très supportable."
Et puis en plus de tout cela, l'histoire nous emporte et les personnages sont attachants. Avec Arame, Bougna, Coumba et Daba, on attend, on souffre, on espère le retour d'Issa et de Lamine, on tremble quand le sort s'acharne et on ne peut croire que les drames passés se reproduisent à nouveau. Ce livre est plein de liens et d'amour, et malgré la dureté de la réalité, il est porteur d'espoir. 

Commentaires

  1. J'ai acheté le ventre de l'Atlantique de cet auteur, je ne l'ai pas encore et je continuerai ma découverte avec ce titre si le premier le plaît...

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    1. je relirai aussi l'auteur, peut-être le titre dont tu parles si tu l'as aimé!!!

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  2. Ça pourrait bien me plaire ! je note ;)

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  3. Punaise, je l'ai lu il y a super longtemps et je ne l'ai pas chroniqué. Te lire me donne envie d'écrire. J'ai adoré cette histoire, ces deux personnages féminins extraordinaires, combattives, fantastiques. J'ai tout aimé. Bisous

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    1. Je suis sûre que ton avis m'emballerait comme d'habitude!!! Tu es capable de me le faire relire avec ton billet bien ficelé !

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