Cris

de Laurent Gaudé

Quatrième de couverture:

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front, " l'homme-cochon ". A l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement. Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité.


Mon avis:

J'aime le style de Gaudé, la magie avec laquelle le flot des mots prend une autre dimension, atteint un espace à part qui me touche toujours.
Ici il m'a surpris. Je n'ai pas reconnu son écriture. Des phrases très courtes. Des instants de vie. des instants de morts. Au milieu de cette sale guerre. Les noms des hommes suivis de quelques instants de leur horreur. Et puis alors que je lisais, ces phrases courtes, ces témoignages entrecoupés se sont transformés en choeurs. J'ai senti monter autre chose. Tout a pris sens.
Je ne sais pas vraiment comment l'exprimer mais j'ai pensé aux sacrifiées, texte très différent, mais dans lequel l'auteur arrive comme ici à faire émaner quelque chose de l'oeuvre au delà de l'horreur des situations vécues. Il m'a encore emporté et quand M'Bossolo parle à Ripoll sur son dos, mes larmes coulaient, j'avais eu accès à autre chose, comme toujours avec cet auteur de talent. Un texte dur. Cru. Ne nous épargnant rien. Et pourtant c'est vraiment un très beau texte. A lire absolument.

"Mais la terre s'ouvre sous moi. La terre se dérobe et m'aspire. Cela n'a aucune importance. Ce qui compte c'est que j'ai le temps. Alors j'ouvre grand les yeux pour que le ciel entier y tienne et je dis les noms sacrés, dans ma langue, de ceux que j'aime et que je quitte. Je n'ai pas envie de pleurer, pas envie de m'agiter. J'aurai eu le temps et je remercie la terre de ne pas m'avoir avalé trop vite."

"Mille morceaux d'homme qui montent au ciel. J'ai vu Barboni et j'ai su qu'il était mort. Monté au ciel dans un grésillement suffocant et retombé à terre dans une pluie de viande."

"Je me laisse porter sur ton dos. Je flotte sur une colonne d'hommes épuisés. Pauvre humanité en marche qui porte ses blessés comme des divinités de bois. Laissez passer la procession des mots. Laissez passer M'Bossolo qui se tord sous mon poids. Laissez passer les hommes au visage noirci d'effroi."

Commentaires

  1. Je suis d'accord avec toi, c'est un texte magnifique et assez méconnu ! (Pourtant il pourrait être utilisé dans les collèges, lycées, grâce au style assez simple).

    C'est Poignant, et la plume de Gaudé, est toujours aussi forte !

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  2. je suis d'accord pour le style parfaitement adapté à la guerre, plus haché que d'habitude. Puis la symbolique est forte et ces multiples voix prennent aux tripes

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    1. oui ça monte peu à peu, et ça m'a pris comme tu dis!

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  3. je l'ai lu mais je n'ai pas su lui trouver une profondeur. Il fait partie des livres qui m'ont éloignée de cet auteur. Bises

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    1. des livres? quel autre t'a déçue? Pour l'instant, je reste très sensible à son écriture.

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  4. J'aime cet auteur donc je le lirai sûrement :) !

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    1. J'aime aussi énormément l'écriture de Gaudé! Bonne lecture alors!

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